CVI
INTRODUCTION.
du danger que l’absolution de l’accusé peut faire éprouver à lasociété, on pourrait penser que la peine doit dépendre de cetteprobabilité. C’est ce que l’on fait indirectement dans les tribu-naux, où l’on retient pendant quelque temps l’accusé contre le-quel s’élèvent des preuves très-fortes, mais insuffisantes pour lecondamner. Dans la vue d’acquérir de nouvelles lumières, on nele remet point sur-le-champ au milieu de ses concitoyens, qui nele reverraient pas sans de vives alarmes. Mais l’arbitraire de cettemesure, et l’abus qu’on peut en faire, l’ont fait rejeter dans lespays où l’on attache le plus grand prix à la liberté individuelle.
Maintenant, quelle est la probabilité que la décision d’un tri-bunal qui ne peut condamner qu’à une majorité donnée serajuste, c’est-à-dire conforme à la vraie solution de la questionposée ci-dessus? Ce problème important, bien résolu, donnera lemoyen de comparer entre eux les tribunaux divers. La majoritéd’une seule voix dans un nombreux tribunal indique que l’affairedont il s’agit est à fort peu près douteuse. La condamnation del’accusé serait donc alors contraire aux principes d’humanité, pro-tecteurs de l’innocence. L’unanimité des juges donnerait une très-grande probabilité d’une décision juste; mais, en s’y astreignant,trop de coupables seraient absous. Il faut donc, ou limiter lenombre des juges, si l’on veut qu’ils soient unanimes, ou accroîtrela majorité nécessaire pour condamner, lorsque le tribunal devientplus nombreux. Je vais essayer d’appliquer le calcul à cet objet,persuadé qu’il est toujours le meilleur guide, lorsqu’on l’appuiesur les données que le bon sens nous suggère.
La probabilité que l’opinion de chaque juge est juste entrecomme élément principal dans ce calcul. Cette probabilité estévidemment relative à chaque affaire. Si dans un tribunal demille et un juges, cinq cent un sont d’une opinion, et cinq centssont de l’opinion contraire, il est visible que la probabilité del’opinion de chaque juge surpasse bien peu y; car, en la suppo-