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Tome I.
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Jô6 'Lettres

été le premier à m’affeoir sur ces fières mon~tagnes, que j’aurois été fier ! Je me trouvoisde niveau avec ces cônes anguleux, qui for-ment en effet la fourche. Je dominois fur l’hori-zon. Sous mes pieds un précipice fembloit éta-blir un rempart, & le signe de la dépendance.La neige blanchiffoit, revêtiffoit ces trois mon-tagnes. Le soleil s’étoit caché, & l’air refroidipar le voisinage de ces trois colosses, ridoit la sur-face , coupoit la neige, & entr'ouvroit le fol parlongues lanières. Le squelette de ces monts ,mal déguisé par les Loupes de neiges qui leparvient, avoit, par son élévation , toute fafierté. J’étois au point de séparation du Cantond’Uri & du Valais, à 1200 toises d’élévation.Du sommet de’cette fourche sortent des ruis-seaux qui vont dans le Rhin, & de-là dans leRhône & dans la Méditerranée ; là prend fa sourcel’Aar, dont la course est bornée mais dont lecours est si bien rempli (1).

Une moitié de l’Europe doit ses eaux à ces mon-tagnes ; jugez avec quels yeux je devois les par-courir. J’y portois un sentiment de respect & dereconnoissance. Le jour me servoit à souhait. A33 ans on est encore jeune, quand on s’est

(1) C’est de ce sommet que M. le Chevalier de Boufflersa pu dire qu’oa crachait dans l’Océan & dans la Médi-terranée.