54 LIVRE VI. CONDITIONS AUXQUELLES
ans, en fût-il administré à chaque habitant une dose ordinairepar semaine (’). Dans sa session de 1824-1825, le parlementanglais, en moins de six mois, avait autorisé deux centsoixante-dix compagnies diverses, qui avaient émis ensemblepour plus de quatre milliards d’actions; et telle avait été lasagesse de plusieurs de ces entreprises et d’une multituded’autres pour lesquelles ou n’avait pas eu besoin de l’autori-sation du parlement, que, dans le cours de l’année 1825, audire du journal The Slar, il y eût trois mille deux cents fail-lites, qu’il fut rendu cent trente-sept mille arrêts de prise decorps, qu’il en fut exécuté soixante-quinze mille, et que lesfrais judiciaires qui avaient précédé, accompagné ou suivi cesbanqueroutes, s’étaient élevés à la somme énorme de960,000 liv. sterl. (24 millions de francs) ( 2 ).
Et il ne faut pas croire, comme on le dit communément,que toute entreprise, quel qu’en soit l’objet et quel qu’enpuisse être le résultat, est utile au moins eu ce sens qu’elle ale bon effet de procurer du travail aux classes ouvrières ; carles classes ouvrières sont précisément celles qui souffrent leplus des entreprises légèrement formées. Si la solidité et ladurée d’un établissement quelconque importent à toutes lesclasses de personnes qui y sont attachées, elles importentsurtout a celles qui ont le moins d’avances et qui vivent aujour la journée. Le plus grand tort qu’on puisse faire à depauvres ouvriers, c’est de les attirer dans des entreprisesdestinées à périr. Mieux vaudrait en quelque sorte pour euxabsence de secours, que des secours précaires et sujets à leurmanquer. Sur la foi des moyens d’existence que leur présen-tent les entreprises dans lesquelles on les a témérairement
(') Ber. Brilarm-, t. VI, p. 188 et 189.(") Jrf., ib.