350 LIVRE VIII, CH. IV, I)E LA LIBERTÉ
pas de peine à prouver qu’elles étaient fréquemment absurdeset ridicules, et tels étaient les progrès que ces idées avaientdéjà fait, lorsque Turgot arriva au ministère, que cet hommed’État crut pouvoir proposer à Louis XVI, et qu’il réussit àen obtenir l’abolition des jurandes et l'affranchissement del’industrie. Enfin cette réforme, qui ne put avoir d’effet alors(en 1776), fut réalisée quinze ans plus tard par la Révolution,et elle devait se trouver passablement affermie quand arrival’Empire, puisqu’elle réussit à se maintenir, en bonne partiedu moins, contre l’esprit si déplorablement rétrograde de cegouvernement. Aujourd’hui l’idée que l’industrie doit cesserd’être soumise aux prescriptions du pouvoir ,aumoins dans sesprocédés de fabrication , paraît fort généralement admise.C’estaussi un principe fort reçu, malgré le rétablissement opérédu temps de l’Empire d’un certain nombre de corporations,que l’exercice en doit être également permis à tous, et quela pratique d’aucun art ne saurait devenir le privilège d’au-cune agrégation d’artisans. On semble, d’une part, assez biencomprendre qu’il n’y a pas dans le corps social d’agents dontla fonction soit d’apprendre à tous les autres comment ilsdoivent fonctionner; et, d’un autre côté, sans se faire unetrop forte illusion sur le progrès des idées communes, il estpermis de penser qu’on ne trouverait qu’avec peine des gensde métier assez hardis pour oser demander qu’on rétablîtk leur profit les anciennes maîtrises.
Toutefois, il ne faudrait pas inférer de ces remarques quel’esprit de notre nation, relativement h l’exercice de l’indus-trie manufacturière, soit encore bien exempt d’injustice oud’erreur. Songeons, d’une part, que le principe des anciensrèglements de fabrication et de l’institution des anciens jurés-gardes est en toutes lettres dans la législation que nous ont