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LIVRE VIII, CH. V. DE LA LIBERTÉ
leurs successeurs ont acquis de puissance, de comparer cesfruits à ceux qui couvrent maintenant les marchés de Paris?
Il n’est donc pas douteux que nous n’ayons recueilli surl’art agricole une masse de notions très propres à en dirigerl’exercice et à le rendre plus fructueux. Mais ces notions,comment les avons-nous acquises? Est-ce théoriquement?Les avons-nous puisées dans la connaissance des lois géné-rales qui gouvernent les phénomènes de la vie animale etvégétative? Non; l’agriculteur s’est dirigé sur l’observationde faits partiels, isolés, dont il ignorait les causes, et l’indus-trie agricole a élé, plus qu’aucune autre, un art créé empiri-quement.
C’est empiriquement qu’on a découvert dans quel ordreles plantes aimaient à se succéder, et quel était, dans chaquenature de terrain, l’assolement le plus favorable. C’est empi-riquement qu’on a appris que l’eau favorisait le travail de lavégétation, que telle eau était plus fécondante que telle autre,que le procédé de l’irrigation n’était pas également utile danstous les terrains, dans tous les temps, a toutes les heures dujour. C’est empiriquement que les Anglais ont obtenu tant debons types d’animaux et de végétaux ; qu’ils ont réussi àcréer des espèces si variées et si précieuses de pommes deterre, de carottes, de navets, de turneps ; qu’ils ont recueillijusqu’à deux cents variétés de froment; qu’ils sont parveuusà faire d’excellents chevaux pour la selle, et d’autres pour letrait, des vaches pour le lait, et d’autres pour la productionde veaux de grosse taille ; des moulons à suif, d’autres à laine,d’autres à petits os et à membres charnus ; des cochons bas,mais longs et larges, paissant l’herbe des prés comme desmoutons, et s’engraissant presque sans dépense; en un motdes bestiaux non-seulement très appropriés à leurs destina-tions diverses, mais très faciles à élever, et pouvant donner