428 LIVRE VIII, Cil. V DE LA LIBERTÉ
deur et l’activité de la ville ne fussent très bonnes à intro-duire dans les travaux de la campagne.
Il est pareillement indubitable que la situation où l’agri-culture place ses agents n’est pas faite pour éveiller et entre-tenir entre eux l’émulation. Elle les éparpille en effet, tandisque la fabrication ramasse, concentre les siens, et en les rap-prochant, en les mettant en contact, fait qu’ils rivalisent entreeux et qu’ils s’excitent mutuellement à donner a leur indus-trie tout le développement, toute la perfection dont elle estsusceptible. Mais si l’agriculture est peu favorable k l'émula-tion, il n’y a pas moyen de douter que l’émulation ne fût trèsfavorable a l’agriculture, et qu’un des meilleurs moyens depousser celte industrie ne fût de mettre ses agents en com-munication , et de leurs inspirer le désir de s’imiter, de sesurpasser les uns les autres dans tout ce qu’ils font de bien.On sait à quel point les fêtes et les réunions agricoles en usagedans plusieurs comtés de l’Angleterre y ont favorisé la pro-pagation des bonnes méthodes de culture. Le même usage,introduit dans l’un de nos départements par M. de Dombasle,y avait produit les effets les plus heureux (*). On en peut direautant de l’institution assez générale aujourd’hui des comicesagricoles.
Les personnes qui ont vécu alternativement aux champset a la ville, parmi des campagnards et des citadins, ont puremarquer que dans les maisons de la ville les provisions detoute espèce sont ordinairement mieux ménagées, les meu-bles et les vêtements mieux tenus, les dépenses mieux réglées,
C) F. les Ann. agr. de Roville, III, p. 25-4 et suiv. « Les Anglais ,observe l’auteur, considèrent les fêtes agricoles comme ayant remédiéen partie à l’isolement des agriculteurs, et puissamment contribué auxprogrès de l’art par l’émulation qu’elles ont excitée parmi ceux quil’exercent. » T. I, p. i-14.