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Tome second.
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LIVRE VIII, CH. V. LE LA* LIBERTÉ

les plus apparentes sont encore indignement tenues ; on ymanque des meubles les plus indispensables; nulle commo-dité, nul goût, nulle propreté; des jardins à peine clos, àpeine tracés; aucune plantation, point d’ombrage; des coursoù les chardons, les ronces, les orties croissent parmi despierres, des copeaux, de la paille, du fumier, des ordures, destroncs d’arbres qui y sont confusément épars, et parmi les-quels se dessinent irrégulièrement d’étroits sentiers qui s’ysont frayés par l’usage. Au dehors, et pour communiquer demaison a maison, non pas des rues, mais des cloaques ; pourchemins vicinaux, en mille endroits, malgré les bonnes inten-tions'et l’activité à priori de l’autorité administrative, desravins, des précipices, de vrais casse-cou. Voilà, dans unebonne partie de ce que nous appelons la belle France , l’as-pect général des communes rurales et des maisons qu’ellesrenferment.

Du temps du marquis d’Argenson, les habitants des cam-pagnes, pour s’excuser d’être si sales, disaient que la pro-preté leur donnerait un air d’aisance qui ferait bientôt dou-bler la taille; et ce ministre honnête homme avait la bonnefoi de convenir qu’ils pouvaient bien avoir raison. 11 les trou-vait en conséquence excusables. C’était peut-être se montrerbien indulgent. Des hommes ne seraient-ils pas impardon-nables, qui, par crainte des impôts, n’oseraient se tirer del’ordure et se mettre en une situation moins indigne de l’hu-manité? Des hommes dignes de ce nom savent s’affranchirde la misère, et défendre leur aisance contre les impôts exor-bitants ; de tels hommes travaillent sans relâche à s’arranger,à se décrasser; ils purifient leurs demeures ; ils en écartentles reptiles venimeux, les insectes incommodes, et ils ap-prennent aussi à se défendre contre les demandes immodé-rées du fisc et l’exagération des charges publiques.