DE LA NATION SUISSE.
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rieuse, convertie au christianisme par l’évêque Ulphilas, quiavait traduit la Bible en langue gothique. Peu nombreux,mais intrépides et d’une taille gigantesque, ils aidèrent auxRomains à vaincre les Huns, et s’établirent avec leur consen-tement sur les deux versants du Jura, dans la Savoie, surles bords du Léman, dans le Bas-Valais, jusqu’à l’Aar, en unmot, dans toute l’Helvétie occidentale (452).
Peu après, les Goths, peuple originaire du nord de l’Eu-rope et affilié aux Bourgundes, entrèrent dans l’Helvétie ducôté du midi, en traversant les plus hautes Alpes. L’Italieétait déjà devenue leur proie; la Rhétie avec ses vallées etses montagnes couvertes de pâturages eut le même sort.La puissance des Goths s’étendit bien au-delà du lac deWallenstadt jusqu’aux Sitters, petites rivières d’Appcnzell,par dessus le Saint-Gotthard, dans les vallées d’Uri et dansle pays de Glaris.
Alors le nom de l’Helvétie se perdit. Il ne fut plus ques-tion que des États des Allemannes, des Goths et des Bour-gundes.
Dans tous les pays où ils arrivaient, les Allemannes rui-naient les villes; ils n’habitaient que des métairies et desfermes. Leurs esclaves, hommes, femmes et enfants, leurservaient de bergers, de laboureurs et d’artisans. Voulaient-ilsfavoriser un de leurs serfs, ils lui donnaient des terres ina-liénables, pour lesquelles il les payait en cens et en corvées.Leurs troupeaux leur fournissaient la nourriture dont ilsavaient besoin : de la viande, du lait et du fromage. Tout lepays consistait en terres et en pâturages communs (Allmend).Le sol autrefois labouré fut laissé en friche; des broussailleset des forets couvrirent les lieux qu’avait sillonnés la charrueromaine. Autour du lac de Constance se multiplièrent d’im-menses bois, repaires des loups et des ours. Idolâtres, lesAllemannes adoraient le dieu Odin ou Wodan ; ils lui offraientde la bière ou lui sacrifiaient des chevaux sur les bords duRhin.
Dans la Ilaute-Rhétie, les Goths conservèrent leur espritbelliqueux. Mais chrétiens comme les Bourgundes, ils avaient( des mœurs douces; ils soumirent le peuple à la servitudesans lui ôter ses anciens usages. Au lieu de raser les forte-resses qu’ils trouvèrent, comme les Allemannes, ils en con-