DE LA NATION SUISSE.
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de ces abus. Les principaux pétitionnaires furent punis parpar la prison et un exil plus ou moins long. De ce nombreétait Samuel Henzi, capitaine au service de Modène, hommed’une vaste instruction littéraire, nourri de l’étude de classi-ques grecs et romains, et de l’histoire des conjurations an-ciennes et modernes. Gracié par le sénat et de retour deson exil en 1748, llenzi se présenta pour le poste de biblio-thécaire auquel lui donnaient des droits ses connaissancesvariées et la manière distinguée dont il avait rempli les fonc-tions du sous-bibliothécariat. On lui préféra un jeune patriciende dix-huit ans, dont la vocation littéraire ne s’était encoredécelée par aucun service rendu aux lettres. Exaspéré parcette injustice et par le mauvais état de ses affaires, llenzitrama, avec d’autres mécontents, le renversement de l’oli-garchie, qu’ils se proposaient de remplacer par un gouver-j nemenl tiré, comme autrefois, du sein de la bourgeoisie deBerne. Les conjurés, au nombre de soixante et dix, avaientj pour chefs, après Henzi, un négociant ruiné, nommé Wer-f nier et le lieutenant Foueter, commandant en second def la garde soldée et ancien sergent-major au service de France.
• Un patricien, le fils de l’avoyer d’Erlach, était au nombre def leurs affidés, et le proscrit genevois Michéli Ducret, détenu àf l’hôpital, entretenait avec eux une active correspondance. Le, dimanche, 13 juillet, fut fixé pour l’exécution du complot.
A un signal donné par l’explosion de quelques grenades,ou l’incendie d’une masure, les mécontents devaient couriraux armes, s’emparer de l’arsenal, surprendre les membresdes conseils et les forcer d’abdiquer, au besoin parla violence.Pour la réussite du complot, Henzi comptait beaucoup surFoueter que sa position mettait à même de servir utilementla cause de l’insurrection et de grossir le petit nombre des; conjurés avec les soldats placés sous ses ordres. Mais le 2| juillet, à 8 heures du soir, l’un des conjurés, étudiant en théo-; logie, tourmenté des suites que pouvait avoir la conspiration,
| en révéla l’existence au conseiller Tillier, magistrat aimé du
• peuple. Sur l’ordre du conseil secret, de jeunes membres des
• Deux-Cents se rendirent sans bruit au logis des chefs du com-I plot, et les arrêtèrent eux-mêmes. Foueter voulut faire ré-, sistance et tira un coup de pistolet qui ne partit pas. L’officier
qui l’arrêtait riposta avec un pistolet chargé à poudre et lui