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Rapport à M. le Ministre de l'instruction publique, suivi de quelques pièces inédites tirées des manuscrits de la Bibliothèque de Berne / par Achille Jubinal
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de grandes difficultés, et d’après ce que m’en a dit M. Bottée deToulrnon , directeur du dépôt dont je parle , rien ne serait plus fa-cile que de dédommager amplement la bibliothèque de Strasbourg .

De la capitale de l’Alsace je me suis rendu à Bâle , où M. Gerlach,bibliothécaire en chef, m’accueillit avec beaucoup de bienveillance,ainsi que M. Wackernagel, professeur de littérature allemande an-cienne, etM. de Wette, l’un des plus célèbres théologiens protestants.Ces messieurs furent assez obligeants pour m’accompagner à la biblio-thèque publique, qui ne contient qu’un seul manuscrit français {le Jeudes trois pèlerins, du quatorzième siècle) dont nous avons plusieursexemplaires à Paris . Usine mirent aussi sous les yeux un beau missel duquinzième siècle, qui est le seul manuscrit à miniatures qu’ils possè-dent; plus un manuscrit grec, unique, contenantles scholies inéditesd’Elias de Crète sur saint Grégoire de Nazianze, qu’à ma demandeils se chargèrent de faire copier pour que je pusse les offrir à M. Louisde Sinner, qui les- insérera dans l’édition de saint Grégoire qu’ilprépare.

La bibliothèque de Bâle m’a encore fourni, monsieur le ministre,l’occasion de conquêtes d’un autre genre. La première a été celle dedeux très beaux poignards, dont le manche et le fourreau sont cise-lés en relief avec un art infini. Ces deux objets offrent, l’un unedanse des morts , l’autre un sujet plus joyeux, et qu’on pourrait ap-peler une danse des vivants. Ils proviennent du musée Fesch , et se-ront dessinés , ainsi que l’épée d’Erasme , plus une fort belle tapisse-rie du quinzième siècle représentant, avec des légendes en vieilallemand , un jeu de cette époque, par M. Jérôme Hess, peintre detalent, qu’a déjà fait connaître en France un très beau dessin d’untableau relatif à sainte Elisabeth de Hongrie , et qui entrera dans lacollection des monuments de celte sainte , publiée par M. de Monta-lembert. Le même artiste m’exécutera aussi une copie que je vousprierai d’offrir au musée d’artillerie de Paris , de plusieurs objetscurieux possédés par l’arsenal de Bâle , tels que la cotte d’armes deCharles-le-Téméraire , le chanfrein de son cheval; plusieurs grandesépées à deux mains , fort remarquables; des fléaux , des masses bi-zarres ; plusieurs instruments propres à jeter l’eau et l’huile bouil-lante dans les sièges, etc. Notre galerie d’armes , si riche sous d’au-tres rapports , n’a de modèle d’aucun de ces objets.

En quittant Bâle, je me dirigeai sur Zurich , où je rencontrai dansM. Gaspard Orelli, bibliothécaire en chef, non seulement l’un desplus habiles philologues de l’Europe , mais aussi l’un des hommesles plus serviables et les plus spirituels. Il me conduisit luimême dans les différents départements qui composent sa bibliothè-que, sans oser toutefois me faire espérer aucun résultat de mes re-cherches. La seule chose d'origine française, en effet, que je décou-vris dans cet établissement, fut une liasse de papiers pris à la Bastillelors de la conquête de celte forteresse par le peuple ; et le seul frag-ment curieux que j’y trouvai fut une lettre d’un pauvre prêtre en-fermé sans condamnation ni jugement, depuis plus de dix annéesdans cette prison , pour avoir parlé un peu légèrement de feu Mgr.l’évêque d’Orléans . Toutefois, monsieur le ministre, je ne quittai pasla bibliothèque de Zurich sans y rencontrer un monument inéditd’un vif intérêt, dont M. Orelli me fait en ce moment exécuter unecopie. Je veux parler d’un atlas nautique, composé de plusieurs feuil-lets peints sur bois, elexéculé en 1321 pourle doge de Venise , par Vis-conte Visconti. Ce curieux spécimen des connaissances maritimes aumoyen âge pourra être soumis par vous , monsieur le ministre , àl’examen de la société de géographie . Après la bibliothèque , je visi*