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Rapport à M. le Ministre de l'instruction publique, suivi de quelques pièces inédites tirées des manuscrits de la Bibliothèque de Berne / par Achille Jubinal
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lai l’arsenal, accompagné de M. Louis Vogel , l’un des peintres d his-toire les plus distingués qui soient en Suisse , et qui a eu le couragede mettre en ordre les nombreuses armes anciennes contenues danscet établissement. C’est grâce à ce rangement que j’ai pu faire dessi-ner différents modèles de drapeaux fort anciens , une outre en cuir,pareille à celles dont on faisait jadis usage dans les armées pour porterle -vin des soldats (sur cette outre sont gravés deux hommes pliantsous les raisins de la terre promise): diverses flèches d’archersencore garnies de leur mèche à incendie , etc. Mais ce que jen’aurais certainement pas connu sans M. Vogel , ce sont deux piè-ces du plus haut intérêt, déposées dans un des bureaux de la mai-son de ville. et dont l’existence est presque ignorée à Zurich . La pre-mière consiste en une admirable épée à large garde , d’une longueurde près de cinq pieds : la poignée et le fourreau sont en argent ci-selé , et sur la lame , qui est en acier doré, on lit très distinctementle nom du pape Jules II , qui fit présent de cette arme à la ville deZurich , en souvenir des services que lui avaient rendus les liguessuisses . Le deuxième objet en question est une bannière magnifique,

f arnie de perles et de pierres fines, sur laquelle brillent de richesroderies en soie, en fil d’or et d’argent, représentant le couronne-ment de la Vierge. Celte bannière vient du grand pape Léon X , quien fit hommage aux Zurichois.

Bien que le but principal de mon voyage, monsieur le ministre ,fût la ville de Berne, je ne voulus point passer en Suisse sans allervisiter la célèbre bibliothèque de Saint-Gall , dernier débris de la ri-che et puissante abbaye qui, au moyen âge, produisit l’une des plusbelles écoles de copistes et d’écrivains dont le souvenir nous soitparvenu. Je n’avais point l’espérance d’y rencontrer des manuscritsfrançais historiques ou littéraires ; je savais par le catalogue deHaenel qu’elle n’en contenait aucun, et, d’ailleurs, Mabillon etMontfaucon avaient passé par là ; mais j’espérais y rencontrer pourmon ancien maître à l’écoledes Chartres , M. Guérard, quelques cartu-laires concernant les affaires de l’abbaye, et pour M. le comte de Bas-tard quelques beaux manuscrits à miniatures, dignes d’être signalésà son attention (1). a

Je ne fus point trompé dans ce dernier espoir. L’école de Saint-Gall , dont les deux grandes époques de succès et de productionfurent le seizième siècle et tout le temps qui s’écoula entre le sep-tième et latin du treizième, nous a laissé, comme peinture et commepaléographie, plus d’un brillant spécimen de la patience et de l’ha-bileté de ses artistes-moines.

Le premier, et l’un des plus remarquables que me montraM. Weidmann, bibliothécaire actuel, fut le manuscrit du douzièmesiècle, numéroté 2t, qui offre deux magnifiques miniatures in-folio,peintes sur un fond d’or. L’une représente la Vierge tenant l’enfantJésus entre ses bras. La mère de Dieu y est réellement divine, ettoute la sérénité du ciel est descendue sur son visage; c’est qu’ence temps de croyance , où l’art était encore , et pour long-temps, si défectueux, l’arliste s’élevait quelquefois, parla sublimitéque donnait à^on pinceau l’idée religieuse, jusqu’à la perfection que

(1) M. Guérard, chargé de diriger la publication des carlutaircs deFrance , a fait commencer ce travail par celui de Saint-Berlin, dont latranscription et l’édition seront dues à M. Claude, employé aux dépouille-ments historiques de la Bibliothèque royale. M. Guérard publiera égalementcelui de Saint-Père de Chartres .