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créa plus tard, pour les vierges célestes, la main des grands maîtresde la peinture moderne. La seconde miniature de ce manuscrit re-trace un instrument de musique du douzième siècle. Je dirai, à cepropos, que le grand nombre d’instruments qu’on remarque dans,les manuscrits de Saiut-Gall, ainsi que lés fréquentes notations mu-sicales qui s’y trouvent, doivent naturellement faire penser quel’école de musique de cette abbaye n’était pas moins florissante queson école de transcription ; malheureusement l’ignorance où je suisde la plus simple notion de chant m’empêcha de tirer parti de ceque je trouvai en ce genre. Le manuscrit qui donne lieu à ces obser-vations contient aussi une multitude de lettres initiales de la plusgrande richesse, et qui peuvent rivaliser avec ce que le fonds Colbert de la Bibliothèque royale nous a transmis de plus remarquable. Lemanuscrit n°22, qui remonte au neuvième siècle, contient cinq bellespages, dont la première est peinte sur un fond pourpre ; elle représenteunedanse que je croirais volontiers hiératique, et dont le caractèreest admirable, ainsi que l'exécution. Les deux pages qui sui-vent offrent la construction du tabernacle, l’autre celle de l’arche;on y trouve des choses très importantes pour l’histoire du symbole.Enfin les deux dernières pages, qui ne forment qu’une seule minia-ture, représentent une bataille antique, où les combattants se mê-lent et s’entre choquent, enseignes déployées. L’artiste a bien surendre la furie de cette lutte corps à corps. Ce manuscrit contientégalement beaucoup de lettres capitales.
Un autre volume de la même époque que celui-ci, le manuscritn" 86 du neuvième-siècle, représente, dans la dispute de Simon et dePierre, la victoire du christianisme naissant sur les puissances in-fernales. Je ne saurais rendre le caractère imposant que le simplemoine, auteur de cette belle page, a su, dans sa pauvre cellule d’é-crivain, communiquer, d’inspiration, à l’une des scènes les plus ma-jestueuses qui pussent se présenter au début d’une religion. La têtede saint Pierre est d’une expression sublime. Au milieu des figuresennemies qui l’environnent et que son calme défie, le chef des apô-tres est bien le successeur du Christ fait homme et remonté auxcieux.
Je pourrais citer encore le'manuscrit n» 50 du dixième siècle, quicontient un grand nombre de lettres ornées; le manuscrit n° 230;le manuscrit n° 398 du onzième siècle, etc. Mais ce que j’ai dit suffitcomme indication des richesses que produisit l’abbaye de Saint-Gall dans sa première ferveur. Comme' spécimen de la seconde époque, jeprendrai le manuscrit 542, in-folio du seizième siècle, qui repré-sente de très beaux instruments de musique, pareils (quelques unsau moins) à ceux de Strasbourg dont il est question plus haut, et lemanuscrit n° **, qui nous montre les moines de Saint-Gall se li-vrant aux occupations intérieures du cloître. Ces dernières minia-tures, outre leur parfaite exécution, sont encore très curieuses ence qu’elles offrent un tableau complet de la vie monacale prise surle fait. •
Il y a aussi à Saint-Gall trois superbes manuscrits dont M. ledocteur Kurz , ancien élève de feu Abel Rémusat , aujourd’huiprofesseur au gymnase de Saint-Gall , m’a promis, ainsi queje lui en ai témoigné le désir, de me faire mouler en plâtre lescouvertures d’ivoire sculpté, pour qu’on put rapprocher leur travailde celui des manuscrits du même genre que contient la Bibliothèquedu Roi. La première de ces reliures primitives, qui peut avoir unpied de haut, représente d’un côté des fleurs habilement ciselées,de l’autre des animaux symboliques de style byzantin ; la seconde