( 20 )
■ courir; et si le temps ne m'avait fait défaut, j’aurais essayé la trans-cription de toutes celles que je savais être inédites. Malheureuse-ment cette besogne aurait été de trop longue durée , et je dus meborner à copier les plus importantes. Je compte les livrer prochaine-ment à l’impression.
Le manuscrit n° 389, qui a pour titre : Chansons françaisesfort anciennes, succéda entre mes mains au manuscrit numéro 354.Ce recueil, extrêmement important pour notre ancienne littératureremonte au treizième siècle. Il renferme environ quatre cents chan-sons appartenant à plus de quatre-vingts auteurs qui ont vécu avantl’année 1300. On remarque surtout parmi eux : La dame de Fael,célèbre par la mort tragique de son amant, le châtelain de Coucy ;—Quesnes de Béthune , l’un des ancêtres de Sully, et l'un des plusbraves guerriers de la croisade de Ville-IIardouin ; —Le roi RichardCœur-de-Lion ; — Audefroy-le-Bâtard; — Gélibert de Berneville; —Blondel ; — le duc de Brabant ; — le comte d’Anjou Raoul de Sois-sons; — le roi de Navarre; — le vicomte de Chartres ; — le comte deCoucy ;—Raoul de Ferrières;—la duchesse de Lorraine , etc., etc. Lescompositions de ces nobles ménestrels sonttcutes pleines de naïveté,quelques unes de Sentiment et de grâce, et un certain nombred’entre elles ont trait à la politique de l’époque. C’est ainsi qu’il y ena qui approuvent et d’autres qui blâment très vertement les croi-sades. Je me suis empressé de prendre copie de celles que nousn’avions pas à Paris .
Dans le manuscrit n° 296, in-4°, écriture du treizième siècle,coté au dos sous ce titre : Romans des faits et avantures de Guil-laume d’Orengis (sic), qui contient l’immense poème carlovingien deGuillaume au-Court-nez , faisant partie du cycle des romans des douzepairs, j’avais espéré rencontrer la branche qui manque aux ma-nuscrits de Paris ( comment Guillaume se combatif au diable en con-struisant un pont), et je me proposais d’en prendre copie pourM. Thomassy, mon collègue à la Société royale des antiquaires, quis’occupe de ce sujet (1); malheureusement toute la dernière partiede l’œuvre de Guillaume de Bapaume, ainsi que le roman d’Aymeride Narbonne, qui la précède dans les manuscrits de Paris , manque àcelui de Berne . Je regrettai beaucoup cette circonstancé, qui me pri-vait d’être utile à un confrère et au public, mais je regrette encoreplus que le comité de la langue et de la littérature française n’aitpas donné suite à l’idée qui semblait avoir pris faveur auprès de luide charger un de ses membres les plus distingués, M. Fauriel, deprésider, sous vos auspices, monsieur le ministre, à la mise en lu-mière de nos antiques épopées chevaleresques. Certes, c’était là pournos origines littéraires une pensée et une mine fécondes.
Le manuscrit n° 113 que j’examinai ensuite renferme ungrand nombre de compositions. La première, qui n’a pas moinsde vin^t-neuf mille vers, est le roman de Garin le Loherain, dont lespremières branches ont déjà été publiées par M. Paulin Paris . Cebeau poème est complet dans le manuscrit de Berne , et ne se ter-
fijM. Thomassy, qui a fait plusieurs voyages aux. lieux mêmes où, selonle poème, se passa le moinage de Guillaume (à Saint-Guiihem-du-Désert),croit y. avoir retrouvé, mais en prose, lès légendes qui composaient la der-nière branche. Espérons cependant que la fin de celte vaste épopée n’estpoint tout-à-fait perdue, et que quelque jour les recherches de l’un de nosérudi(6 feront surgir de leur tombeau, comme un nouveau Lazare, les vieillesrimes carlovingiennes,