faite pour passer à la postérité, et qui ne se doutent pas quedans leur propre pays ont vécu naguères des hommes plusdignes de mémoire que tant de notabilités d’un jour. Dansl’enseignement littéraire, on est trop enclin chez nous ànégliger l’élément national. Il faut qu’un critique parisien,un littérateur français de passage en Suisse, viennent fouillerdans nos trésors inconnus, pour que nous soyons contraintsà en faire quelque cas. Que d’exemples anciens et récentsne pourrais-je pas citer de cette bizarrerie, qui ne fait pashonneur à ce qu’on veut bien appeler la solidité des étudesdans la Suisse française.
Il est ensuite un autre point de vue qui m’a frappé :Pour apprécier telle de nos illustrations ou de nos notabi-lités littéraires d’une manière à la fois juste et complète, ilfaut être nécessairement du pays. Ainsi, par exemple,maintenant que tout a été dit sur Jean-Jacques Rousseauenvisagé comme philosophe et comme écrivain, n’y a-t-ilplus rien à dire sur lui au point de vue genevois? N’est-cepas à nous, ses compatriotes, qu’il appartient de faire res-sortir comment le milieu dans lequel Jean-Jacques Rousseauest né et a été élevé, a contribué nécessairement à le fairece qu’il a été. Je pourrais appliquer à tel autre de nos lit-térateurs indigènes, à un Ronnet, à un Haller, à un deSaussure, à M me de Staël, à Renjamin Constant, ce que jeviens de dire pour Jean-Jacques.
J’estime donc que, tout en étudiant avec soin les trésorslittéraires de la grande nation française, nous ne devons pasnégliger et oublier ceux que nous avons sous la main, etqui ont contribué pour une part assez large et très-hono-rable à la gloire littéraire de la France.
Si le concours était resté en blanc, sans doute que cela