Avant la réformation religieuse du XVI e siècle, l’Hel-vétie romane suivait en majeure partie les destinéespolitiques et littéraires de la Savoie, qui elle-même em-pruntait ses auteurs aux pays voisins. Ainsi, le premierrédacteur des Chroniques de Savoie, Cabaret, étaitPicard, à ce qu’on suppose; PerrinetDu Pin, qui vintaprès lui, était de La Rochelle ;SymphorienChampier, letroisième en date, était du Lyonnais. Martin Le Franc,prévôt du chapitre deLausanne et secrétaire d’Amé VIII,premier duc de Savoie, l’auteur, fameux en son temps,du Champion des dames et de YEstrif de fortune et devertu, était venu d’Arras sur les bords du Léman. QuandMartin Le Franc se mit à traduire la Bible tout entièreen langue vulgaire, un citoyen de Genève, Servion, bienque serviteur de princes illustres, s’estima très-heureuxet très-honoré de lui servir de simple copiste. Les indi-gènes ne poussaient pas plus loin leurs prétentions ‘, outout au moins, quand ils s’aventuraient jusqu’à com-
1. On lit dans la Bible manuscrite traduite par Martin Le Franc,que l’on conserve dans la Bibliothèque de Lausanne, et qui étaitdivisée en quatre volumes :
« Grâces à Dieu, mon créateur, et à la très-glorieuse Vierge Ma-rie et à toute la cour célestielle, quand je, Jehan Servion, natif etcitoyen de Genève, heuz éscripl et accomply les premiers volumesde la Bible, commençai à penser comment mon Dieu ne m’avoit nedélaissé neboblié. Car il m’avoit maintenu en santé, sans maladie,depuis le commencement de mon œuvre, et après qu’il m’avoitaugmenté de biens, de honneurs et de chevance. »
Plus loin on lit : « Cy commence le livre de Jérémie, translaté delatin en françois par M. Martin Le Franc, du siège apostolique pro-tennotayrc et prevost de Lausanne, et escript par la main de moiJ. Servion, citoyen de Genève, premier varlet de chambre de l’em-