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population nouvelle devait être nécessairement re-marquable sous le rapport de l’intelligence et du ca-ractère. Ce ne sont pas les hommes vulgaires quiendurent la proscription pour des idées et des opi-nions religieuses. La direction de l’esprit public devaitfinir par tomber entre les mains de cette catégorie decitoyens qui agissaient non seulement par la prédi-cation et l’apostolat, mais encore par la presse et parl’enseignement. Pour ne pas abuser de la nomenclature,citons seulement les Estienne, les Casaubon, les LeClerc, et les imprimeurs Conrad Badius, Eustache Vi-gnon et Jean Durant. Parfois ces nouveaux venus avaientdes démêlés avec les gouvernements locaux ou avec leshabitants d’ancienne roche. La correspondance des sa-vants que nous venons d’indiquer est remplie de parti-cularités curieuses sur ces conflits 1 . Ainsi se passèrentla seconde moitié du seizième siècle et presque tout lesuivant.
A la fin du dix-septième siècle, quand la révocationde l’édit de Nantes eut fait sortir de F rance de nouveauxet plus nombreux essaims de réfugiés, les choses prirentun caractère plus grave encore. On vit arriver, à Genèveseulement, 800 réfugiés en un jour, et 8000 en cinqsemaines. Il fallut répartir ces masses d’émigrants surtoute la surface du territoire très-limité de la Suisseoccidentale, et jusque dans les cantons allemands réfor-més de la Suisse orientale. A Genève et dans le Pays de
1. Voir entre autres la correspondance de Casaubon et de Sca-lisrer.