L’ancienne population est absorbée dans la nouvelle.De toutes parts accourent sur les rives du Léman et dulac de Neuchâtel des réfugiés venant d’Allemagne, desPays-Bas, d’Italie, d’Angleterre, d’Espagne, de Francesurtout 1 . Ils sont accueillis avec l’hospitalité sympa-thique que des coreligionnaires donnent à ceux quisouffrent pour leur cause. On leur accorde l’habitationd’abord, puis la bourgeoisie. Genève, devenue tête decolonne du protestantisme français, devient la ville derefuge par excellence, quand sévissent les persécutions.Dans les quatre mois qui suivent la St.-Barthélemy,on reçoit, dans cette ville seulement, 1638 habitants 2 .Enfin on arrive au point que le nombre des étrangersest plus grand que celui des anciens citoyens. Cette
Daniel Crespin, 1674; Fortuné-Barlh. de Félice, 1763 ; Jean Bar-beyrac, 1711; Samuel Merlorat, 1563; Jean de Léry, 1611; Fabricede Hilden, 1600; Don Quiros, 1756; Jqpeph Saurin, 1685. Nouspourrions allonger cette liste. Nous n’avons d’ailleurs pas parlé desréformateurs proprement dits, qui étaient presque tous étrangers.
1. On a souvent avancé, mais sans en fournir la preuve, quele cardinal Du Perron était originaire du Pays de Vaud. Ses parentsétaient en effet venus s’y établir. Ils sortaient de deux famillesnobles de la Basse-Normandie, l’une nommée Davy Du Perron,et l’autre de Langerville. Ils s’étaient retirés à Genève et de làdans le Pays de Vaud, « en la Seigneurie de Berne, sur les confins desSuisses », dit Bullart dans son Académie des Sciences (T. II, p. 50),pour y exercer plus librement la religion réformée. Son père,Julien Davy, médecin très-instruit, étant retourné en France quandla paix eut été accordée aux Huguenots, le jeune Du Perron inté-ressa le poëte Philippe Des Portes, qui lui conseilla de rentrer dansle catholicisme, et lui procura la place de lecteur du roi Henri III.
2. Mémoire de M. Ed. Mallet sur les étrangers et la naturalisationà Genève. 1851.