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Combien t'es-tu moqué de cet artisan suisse,
Après avoir gagné tous ses chalands à toi?
Tu t’oses encor vanter d’observer bien nia loiEt d’avoir mérité que ma main te bénisse !
On voit que l’auteur de cette poésie n’a pas reculédevant la difficulté du bout rimé. Il faut savoir, pourl’intelligence entière de cette joute, que depuis quelquetemps le gouvernement de Louis XIV, alarmé de cettegrande agglomération de réfugiés dans la partie de laSuisse limitrophe de la France, avait demandé en ter-mes impérieux leur éloignement. Certains écrits, sortisde la plume de quelques-uns des plus lettrés d’entreeux, avaient excité surtout la colère de celui qu’onappelait déjà dans son empire le Grand Roi. La satyreétait parfois d’autant plus amère dans ces publications,qu’elle était déguisée sous une forme plus innocente.
Ainsi on avait publié à Neuchâtel, en 1689, une édi-tion delà tragédie d’Esther de Racine \ précédée d’unepréface remarquable dans laquelle on disait :
« Le sujet de cette pièce a tant de rapport avec l’état» présent de l’Eglise réformée, qu’on a cru servir à l’é-» difîcation de ceux qui sont touchés de la désolation de» Sion, et qui soupirent après sa délivrance, d’en pro-
1. Estiikr, tragédie Urée de l'Ecriture Sainte par Mons. Racine.Seconde édition. A Neufchâlel, imprimé par Jean Pislorius. In-8°.M.D.C.LXXXIX.
On sait que l'édition originale ou princeps de celle pièce parut àParis la même année, immédiatement après sa représentation àSaint-Cyr.
L’édition de Neuchâtel est aussi rare que cette première éditionde Paris.