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g III. — La vie littéraire de la Suisse française dans laseconde moitié du XVIII 8 siècle (1750—1800).
C’est ordinairement dans sa seconde moitié qu’unsiècle revêt le caractère particulier qui plus tard lui faitdonner son nom. Or, en 1750, le dix-huitième sièclen’était nulle part encore, et en Suisse moins que partoutailleurs, le siècle philosophique et philanthropique quel’on connaît en plein aujourd’hui. Il suffit d’avoir lu cequi précède pour être convaincu que dans nos répu-bliques encore un peu rudes la vie littéraire ne cir-culait pas. Par-ci, par-là, on aperçoit bien quelquessymptômes de cette vie, quelques heureuses aspirations ;mais tout cela est absolument isolé, individuel, local.L’esprit d’association s’est révélé tout ou plus dans lacréation d’un organe bien incomplet et bien insuffisant.Les gouvernements, bien loin de favoriser le dévelop-pement littéraire, semblent le redouter. Le plus puissantde tous, celui de Berne, tire le glaive pour frapper dansses Etats romans le major Davel, et dans ses terres alle-mandes le capitaine Henzi, deux conspirateurs qui,cinquante ans plus tard, auraient fait avec la plume cequ’ils ne purent accomplir par l’épée. Micheli du Crestexpie dans le château d’Arbourg la passion d’une réformepolitique pour Genève, qui avait été l’affaire de toutesa vie.
A la vérité, on voit bien percer çà et là quelques vel-léités de réformes, quelques nouvelles idées ; mais au