style à la profondeur, satisfaire à la fois l’esprit et l’o-reille. Il tenait à placer en tête de son livre une Invo-cation aux Muses, que Yernel trouvait charmante, maisqu’il jugeait déplacée dans un ouvrage de ce genre.Montesquieu consentit, non sans peine, à la supprimer.Il y avait un chapitre sur les lettres de cachet et sur lesprisons d’Etat, auquel Vernet tenait beaucoup ; maisle prudent auteur insista à son tour pour la suppres-sion, disant que ni les ministres du roi de France, niles princes n’étaient prêts à entendre les grandes vé-rités qu’il y avait à dire sur cette matière.
Cette participation indirecte du professeur genevoisà la publication de YEsprit des lois, a donné lieu à uneopinion qui commence à se manifester, surtout enItalie, et qui tend à insinuer qu’il aurait été le colla-borateur réel de Montesquieu, et que le fond des idéesmises en commun par les deux auteurs aurait été em-prunté aux philosophes italiens, à ceux de Naples enparticulier. Ainsi, Y Esprit des lois serait d’originequasi-italienne.
C’est procéder avec une singulière préoccupation.Sans doute, le pays de Vico, deGiannone, deGaliani, deFilangieri, possède toutes sortes de droits à l’estime dumonde philosophique; mais il est absurde de prétendreque Y Esprit des lois en soit sorti. Il en est de même dela supposition que Jacob Yernet aurait été pour quelquechose dans la composition du livre. Ce professeur a laisséplusieurs écrits, dont nous aurons occasion de parler.Qu’on lise deux pages seulement de l’un ou de l’autre