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établir enfin le héros de mon roman. » On sait d’ailleursque M me de Warens était une demoiselle de la Tour deChailly, près de Clarens, et que Rousseau pensait à lajeunesse de cette femme quand il traçait le portrait deJulie*. Dans sa description du Vallais, dans celle duVal-de-Travers, qu’il adressa au maréchal de Luxem-bourg, J.-J. Rousseau montre une parfaite entente dela topographie et du paysage suisse dans les régionsmoyennes.
serve un caractère si littéraire, aurait pris facilement peut-être unetournure théologique. Jean-Jacques aurait été sans doute un pré-dicateur de premier ordre.
Il savait, quand il voulait, prendre dans ses lettres un ton exclu-sivement genevois. On dirait un horloger qui a reçu de l’éduca-tion. Qu’on lise, entre autres, la lettre datée de Motiers-Travers,le 30 août 17G2, et adressée à Jacob Vernet, qui commence ainsi :« Epuisé en ports de lettres anonymes, j'ai d’abord déchiré la lettreci-jointe... » et qui finit par cette phrase : « Je crois devoir vous pré-venir que sur une lettre que j’ai écrite à M. le pasteur de Montmollin,il a non seulement consenti, mais désiré, que je m’approchasse de lasainte table, comme je l’ai fait avec la plus grande consolation di-manche dernier. »
1. Louise-Françoise de la Tour de Chailly avait épousé M. Loysde Warens, dont elle fut séparée par le divorce en 1727. Son marihabita ensuite l’Angleterre, et conserva un souvenir triste maisaffectueux de celle qui l’avait quitté. Il l’appelait sa déserleuse.
La Tour de Chailly était le véritable nom de la famille de M rae deWarens, et non la Tour de Pilz ou de. Peils qui est celui d’un bourgattenant à Vevey. Un des ancêtres de M me de Warens, Gamaliel dela Tour, était médecin dans cette ville, au commencement du dix-septième siècle. Il avait aussi porté les armes, et il prenait dans sesécrits les titres de docteur en médecine et favori de Mars.