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où le héros n’est pas anglais. L’Allemand, quoique pluscosmopolite, revient à ses propres foyers, et plus d’uneproduction où il peint ses mœurs, intéresse les nationséloignées (Werther). Si l’Italien ne peint pas les mœursde son pays, c’est qu’il n’ose y toucher. Et l’heureuxSuisse, ingénu et indépendant, balancerait à choisir lesmœurs de sa patrie, lorsqu’il se sent assez de couragepour travailler sur l’histoire de la vie sociale? Le piedde vos Alpes, les bords de vos lacs ne fourniraient-ilspas à ses tableaux le fond le plus riant, le cadre le plusmagnifique? La liberté civile et politique dont vousjouissez, sans savoir peut-être l’estimer assez, ne doit-elle pas répandre sur la peinture de vos mœurs un joursi doux, si bienfaisant, que tout voyageur ne saurait serefuser au souhait d’en jouir à son tour? Quelle re-connaissance ne doit-on pas à l’écrivain patriotiquedont le pinceau hardi se trouverait encore assez vraipour présenter le miroir de nos propres faiblesses?Serait-il vrai qu’on a vu avec peine les classes ditesinférieures partager le théâtre que l’auteur des ouvra-ges en question vient de nous ouvrir? Un domes-tique attaché à ses maîtres, une ouvrière industrieuse,un honnête laboureur, seraient devenus des objets dé-goûtants pour l’habitant d’un pays qui doit être l’asilede la vertu et le centre de la simplicité? Le ton de labonne compagnie excluerait-il la connaissance de celuide tout autre état? Point de dénomination plus im-propre que celle de classes inférieures. On a poussél’impéritie jusqu’à les appeler basses. Dans le cercle