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M me de Charrière consulta le célèbre La Tour d’Auver-gne, l’auteur des Origines gauloises, le premier grena-dier de France. Celui-ci lui répondit plusieurs lettres,pour lui donner sur les usages et les noms bretons toutesles explications qu’elle désirait. « Vous paraissez, Ma-dame (lui écrit-il de Strasbourg le 26 brumaire de l’anYI), décidée, dans votre charmant roman, à faire fléchirnotre langue barbare sous les lois de l’agrément et del’euphonie, et à faire ainsi la conquête de l’oreille auxdépens de nos mots bretons. Si j’étais Français, sij’étais flatteur, je ne laisserais pas échapper cette occa-sion de convenir avec vous, que, puisque l’empirequ’exerce votre sexe est tel, qu’il vous fait régner surles esprits, comme vous régnez sur les cœurs, il doitaussi vous être incontestablement permis de prescrireles règles du goût. Mais je suis Breton, aussi attachéà ma langue que vous l’êtes sûrement à celle des an-ciens Bataves, vos glorieux ancêtres. A ce titre, je laverrais parée de vos mains, de celles des Grâces, que jedoute encore qu’elle pût avoir à mes yeux les mêmescharmes que je lui trouve sous ses vieux haillons, soussa rude écorce. Pardonnez-moi cette franchise ; elle estun peu gauloise ; elle est conforme à mon caractère, etje sens combien il m’est doux de l’employer avec vous,Madame, surtout lorsque je ne veux vous laisser aucundoute sur mes sentiments aussi reconnaissants que res-pectueux.
» Le citoyen La Tour d’Auvergne Corret,
ancien capitaine d’infanterie, volontaireà l’armée du Rhin. »