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fâchée, et j’ai souvent fâché mes frères en exprimantmon désir de le voir aboli. Ici, dans le pays de Neu-châtel, je me suis récriée aussi sur le droit de pêche queles nobles et les officiers du prince se réservent dans laReuse. La liberté et l’égalité étaient faites pour meplaire, et jusqu’au dix août 1792, j’ai approuvé lesFrançais bien plus souvent que je ne les ai blâmés.Depuis, j’ai eu des impressions bien différentes; maisles nobles émigrés n’en devenaient ni meilleurs, ni plusintéressants à mes yeux. Seulement leurs ennemisétaient plus haïssables. Et pouvait-on se dissimuler queces deux portions de la nation, la petite et la grande,se ressemblaient infiniment? Avidité de plaisir et d’ar-gent, horreur de tout frein, de toute règle, impudence,irréligion, partout j’ai cru voirla même choseau mêmedegré. La bravoure aussi s’est trouvée être communechez tous les Français. En résumé, voici quel sera montestament politique :
Comme au nom de la libertéMaintenant on nous tyrannise !
Au nom d’un Dieu plein de bonté,
Autrefois la dévote EgliseBrûlait, pendait. La charitéChez les saints était peu de mise.
Le temps peut bien changer les mots,
Mais il ne peut changer les hommes.
Dupes, trompeurs, méchants et sots,
Voilà toujours ce que nous sommes. »
M me de Charrière avait composé un roman politiquedans le genre de Télémaque et de Sétbos. Il était inti-