198
nombre soit dévoué à une éducation défectueuse?Réveillons-nous à la voix de la patrie et de la liberté,qui demandent à grands cris une vraie éducation pu-blique. Notre Etat est une petite île, située entre desfleuves larges, profonds et rapides, et que des divisionsintestines et répétées pourraient couvrir.»
Si l’on cherchait bien dans cette brochure, on y trou-verait encore les idées de YEmile. De Saussure avait di-rigé lui-même, avec une sollicitude de tous les instants,l’éducation de sa fille, qui fut M me Necker-De Saussure.Il était persuadé que l’on pouvait appliquer à l’éduca-tion publique les procédés de l’éducation privée, qui luiavaient si bien réussi. Son plan était fondé sur l’obser-vation de l’esprit des enfants, qui n’acquiert ses idéesque par les sens. De Saussure voulait donc qu’on plaçâtsous les sens des enfants les faits eux-mêmes de l’his-toire naturelle et de la physique.
Ce plan fut vivement appuyé. De nombreux citoyensadressèrent à l’auteur de vives actions de grâces, en lepriant « d’étendre ses regards jusqu’au sexe aimable,trop négligé peut-être. Les femmes, qui forment lamoitié du monde, ont en général la conduite de l’autremoitié jusqu’à l’âge de sept ans. D’ailleurs, quelle sa-tisfaction pour un mari d’avoir une épouse avec quiil puisse raisonner, et peut-être apprendre quelquechose ! 1 »
Le projet de De Saussure aboutit à la nomination
1. Remerciment à M. De Saussure, professeur de philosophie,sur son projet de réforme pour le Collège de Genève, par un grandnombre de nationaux de cette cité. Le 18 avril 1774.