Nous n’avons pas mission d’examiner le mérite scien-tifique des ouvrages de De Saussure. Le côté littérairede la carrière de ce savant est seul de notre ressort.Il se prépara à la publication de ses Voyages dans lesAlpes, son grand titre de gloire, par de nombreusesexcursions dans ces régions et en Italie. Avant de riendonner sur cette matière, il avait traversé ces monta-gnes quatorze fois, par huit passages différents, lespoursuivant jusqu’au rivage de la mer. Dans l’inter-valle qui s’écoulait de l’un à l’autre de ses voyages,il s’occupait de ses leçons à l’Académie 1 , des dévelop-pements à donner à la Société des Arts, dont il futcomme le créateur, et des réformes à opérer dans l’in-struction publique. En 1774, il publia son Projet deréforme pour le Collège de Genève, qui fut suivi d ’E-claircissements sur ce même projet. L’entreprise dusavant Genevois était hardie. Il soulevait pour la pre-mière fois la grande question de la prééminence exclu-sive de l’étude des langues mortes. Il demandait quela destination du Collège de Genève, qui n’avait étéfondé que pour former des ecclésiastiques, fût changéeradicalement. « Les enfants destinés aux arts et aucommerce, disait-il, qui font pourtant la plus nom-breuse et la plus utile partie de notre ville, ne retirentde l’éducation qu’ils reçoivent dans le Collège aucuneutilité. Dans une république, où le plus grand nombreparticipe à la souveraineté, faut-il que ce plus grand
1. De Saussure avait été appelé en 1762 à la chaire de philo-sophie.