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Hors de Genève, qui était le centre de ce nouveaumouvement scientifique dans la Suisse française, quel-ques hommes s’occupaient aussi de physique et d’his-toire naturelle. Le docteur Garcin, originaire deNeu-
nève ont cultivé les sciences et contribué à donner aux études phy-sico-mathématiques une impulsion efficace, Micheli-Ducrcst. Cethomme si remarquablement doué et si malheureux, qui commençasa carrière de tribulations par ce fameux Mémoire sur les fortifica-tions de Genève, dont parle Rousseau dans ses Confessions, s'occupade sciences naturelles à la fin de sa carrière, dans la forteressed'Aarbourg, où il était prisonnier. Il cherchait surtout les moyensde mesurer les montagnes, et il fit graver une grande planche re-présentant les principales hauteurs qu’il pouvait apercevoir dulieu de sa détention. Cette planche très-rare a pour titre : « Prospectgéométrique des montagnes neigées, dites Gletschers, telles qu’onles découvre en temps favorable depuis le château d’Aarbourg, dansles territoires des Grisons, du canton d’Uri et de l’Oberland du can-ton de Berne. » Ce plan est gravé à Augsbourg, chez Lotter. Micheliest aussi l’auteur de divers Traités sur le thermomètre et le baro-mètre.
On lit dans le registre secret du Conseil d’Etat de Genève, sousla date de 1753, le 12 février :
« Micheli-Ducrest, resserré depuis 1749 dans les prisons du châ-teau d’Aarbourg, sous peine de mort s’il tente de s’évader, pouravoir eu part aux projets séditieux des nommés Henzi, Fueter, etc.,envoie à MM. les Syndics le Prospect des montagnes vues d’Aar-bourg, lequel il a fait graver, avec prière au Conseil d’en accepterla dédicace. Le Conseil refuse, et les exemplaires seront remisà spectable Jallabert, pour lui être renvoyés. »
Bien que les mesures données par le prisonnier laissassent à dé-sirer, parce qu elles étaient prises avec des instruments qu’il avaitfaits lui-même dans sa prison, et qui étaient naturellement impar-faits, cet essai n’en fut pas moins une indication précieuse, dont lascience profita. Micheli-Ducrest correspondait avec de Mairan.Bouguet et autres savants, qui estimaient beaucoup la fécondité deson esprit.