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à Berne se faire agréger dans l’Eglise réformée. Maiscraignant que l’on ne pût dire qu’il avait vendu sa re-ligion, Maubert refusa les cinquante écus qu’on donnaitd’ordinaire aux néophytes. Voltaire fit l’éloge du testa-ment d’Alberoni : « J’ai cru d’abord, dit-il, qu’il avaitété publié par l’abbé de Montgon , parce qu’il y entreun chapitre sur l’Espagne, dans lequel le ministre estpeint avec des traits où il pourrait lui-même se recon-naître. Ce chapitre est beaucoup plus vrai que toutesles rapsodies auxquelles on a donné le nom de testa-ment. Je souhaiterais à l’auteur qu’il eût été couchésur celui du cardinal Alberoni pour quelque bonnepension. Personne ne se serait douté que ce livre estd’un ex-capucin, qui fait des Testaments pour gagnersa vie. »
Encouragé par le succès de son livre, Maubert deGouvest publia des entretiens sur Y Histoire moderneet les intérêts des princes, et les premiers volumes d’uneHistoit'e politique du siècle , qui furent réimprimés àLondres en un volume in-4°, en 1757. Chavigny, am-bassadeur de France en Suisse, s’étant plaint au Sénatde Berne de la manière dont l’auteur parlait du roison maître, Maubert fut mandé devant cet illustrecorps. 11 y comptait quelques protecteurs, entre autresle sénateur Augsbourg, qui lui conseilla d’aller s’en-tendre avec l’ambassadeur. Celui-ci, qui s’attendait àvoir un vieux moine, blanchi dans les travaux du ca-binet, fut surpris de voir un homme jeune encore, pleinde vivacité et de feu. Il l’invita à dîner, et lui offrit de