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Etudes sur l'histoire littéraire de la Suisse française : particulièrement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle / par E.-H. Gaullieur
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art de parler et décrire, qui entraîne tout, subjuguetout, auquel personne ne résiste. Voyez Rousseau: ilest rempli derreurs, peu instructif, et cependant ilenchante lEurope par la magie de son style. Il me pé-nètre de la toute-puissance de lart de parler. Na-t-ilpas ravi lEurope pensante? Tout le monde, exceptéses concitoyens, nest-il pas à ses pieds, parce quil ma-nie si puissamment sa langue? Il faut aussi que jemempare de ce grand instrument. Le tonnerre rouledans nos Alpes et retentit à travers des cantons en-tiers ; des entrailles de nos monts sortent le Rhin et leRhône; ils se précipitent avec un majestueux fracasdes rochers de la Suisse dans les plaines basses desGermains et des Relges. Pourquoi donc la langue mêmede nos plus beaux esprits ressemble-t-elle au Staub-bach, jette-t-elle aux yeux une poussière humide, aulieu dentraîner les cœurs? »

En 1779, Jean de Muller, rentré dans la maison deM. Tronchin, en qualité de lecteur ou plutôt dami,donna à Genève un cours public dhistoire universelleen français. Il obtint tant de succès, quil le répétaquatre fois, en le retravaillant toujours. Les paroles parlesquelles il termina la dernière séance peuvent donnerune idée de son style en français : « Que résulte-t-il ducours de ces leçons? Quapprennent les vertus de Sparteet de Rome, la force des maximes dans la hiérarchiecatholique? que prouvent César et Frédéric? Que cetteobservation généralement reconnue, et presque jamaissuivie, que la direction de toutes les forces de lâme