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Il n’y a là ni beaucoup d’originalité, ni mérite litté-raire bien prononcé 1 . Une tragédie qui devint popu-laire en Suisse dès son apparition sur la scène française,c’est le Guillaume Tell de Lemierre. On en fit des édi-tions à Yverdon et à Genève (1767). Dans cette der-nière ville elle fut jouée par La Rive et applaudie avecvivacité. Mais les allusions à la liberté furent saisiesavec tant de feu et d’enthousiasme, que l’autoritécrut devoir défendre d’autres représentations. Mercier,l’auteur du Tableau de Paris, le dramaturge par ex-cellence, vint à Genève, et y fit représenter sa Brouettedu vinaigrier, l’ Indigent, l’Habitant de la Guadeloupe,et Zoé, qui ne put se soutenir, malgré le talent et lesefforts de Collot d’Herbois. Mais le véritable théâtre del’activité dramatique de Mercier fut Neuchâtel. C’est làqu’il fit imprimer (ne pouvant les y faire jouer, parceque l’autorité municipale fut intraitable sur la question
1. Une autre pièce, qui fut composée et imprimée à Genève en1781, c’est l’Epicurien, qui s’appelle M. de Molenville, et qui apour complaisant M. Vermicel. Le sujet était ingrat, peu théâ-tral; c’est plutôt un vice qu’un ridicule, et plusieurs scènes sontodieuses.
Ou a encore l’Heureux retour , comédie en prose par Cramer, quifut jouée sur le théâtre de Genève. Tronchin des Délices, qui avaitde commun avec Voltaire, son hôte, un goût très-vif pour lethéâtre et les jeux scéniques, s’était avisé de refaire plusieurs deschefs-d’œuvre dramatiques de la France, pour les mieux appro-prier au public genevois. Cette collection singulière est impriméeen cinq volumes. Tronchin fit aussi jouer dans sa vieillesse, sur lethéâtre de Genève, Terentia, tragédie de sa composition. Elle estde ,inême imprimée dans le recueil en question, qui porte le titrede Mes Récréations dramatiques ; Genève, 1779.