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On ne craint sur les bords qu’il couvre de ses ombres,Ni le solstice ardent, ni les âpres frimas.
Là reluit le cristal d’une onde fugitive;
A nos besoins pliant son cours,
Sans peine elle quitte sa rivePour porter à nos champs son utile secours.
Un peuple qui connaît tout le prix de la vie,S’empresse à cultiver ces rivages heureux.
La terre qu’embellit son active industrieS’intéresse elle-même au succès de ses vœux.
Qu’à nos yeux cette côte est belle,
Quand le printemps, suivi de sa brillante cour,S’empresse à rendre enfin sa voix à Philomèle,
Son mouvement à l’onde et son éclat au jour.
Que l’aspect de ces bords m’enchante,
Lorsque l’été partout voit le jasmin fleurir,
L’épi se recourber sur sa tige flottante,
Et le doux abricot se hâter de mûrir!
Ah! que je chéris cette rive,
Quand l’automne à son tour fait germer nos guérets,Adoucit du soleil la lumière trop vive,
Et peint de pourpre et d’or le faîte des forêts.
Dans le sein du vallon, au pied de ces montagnes,Je vois couler la Thièle à travers les roseaux ;
Son onde partagée en différents canaux,
Qu’elle change pour nous en labyrinthes d’eaux.Rivière tranquille et chérie,
Que j’aime à suivre tes détours !
Ton eau silencieuse, en son paisible cours,Présente à mon esprit l’image de la vie :
Elle semble immobile, et s’écoule toujours.