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Il y a là, comme on voit, une théorie complète duréalisme et de la poésie helvétique et champêtre, uneaspiration à ramener l’idylle à sa simplicité primitive,à dépouiller les bergers et les bergères du fard et desoripeaux dont l’art du dix-huitième siècle les avait re-vêtus.
Partant de cette idée, qu’il consigna dans son cale-pin : « Il suffit d’avoir fait quatre bons vers pour secroire le droit d’en faire cent mauvais », le jeune Bridelse mit à imiter Virgile, Gessner, Thompson, tous lespoètes bucoliques. Voulant peindre d’après nature, ilallait s’inspirer dans la campagne. L’élégie intituléela Tempête , qui est une de ses premières pièces, futesquissée dans les Alpes, pendant une tempête réelle,sous un sapin : « C’est dans la campagne, dit-il, qu’ilfaut peindre la nature, et non dans son cabinet » :
Sur les bords que la Sanne 1 arrose de son onde,
Loin du vain tourbillon où tourne le grand inonde,Loin du masque imposteur qui plait d’abord aux yeux,Loin de ceux qui, sans l’être, osent se dire heureux....
La solitude donna à l’esprit du jeune poète une tour-nure mélancolique, qui inquiéta ses parents et ses amis.Les Nuits d’Young, alors fort à la mode, devinrent salecture favorite. Le jeune barde helvétien se mit à lesimiter. Il fit imprimer chez Mourer, à Lausanne, en1779, une série de poésies lugubres, intitulées lesTombeaux. C’est en grande partie une imitation d’Her-
1. La Sarine, rivière du cauton de Fribourg, qui se jette dansl’Aar.