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vey. Elle devait être « le tombeau de la gloire dePhilippeBridel » , disait alors un jeune Lausannois, le spirituelet sarcastiq ue Cassat. Heureusement il n’en fut pas tout-à-fait ainsi. Après avoir imité, le poêle voulut compo-ser d’inspiration, mais en adoptant toujours des sujetslugubres et funèbres. Ses élégies sont intitulées : leCimetière, la Mort de l'impie, les Rêveries d'automne,le Mélancolique, la Feuille, paraphrase de la romancedu Saule.
Ce qui commença à mettre Philippe Bridel à la mode,ce fut l’élégie sur la mort de Catherine. Elle était con-sacrée à la princesse russe Catherine Orlow, morte àLausanne en 1781, à l’âge de vingt-trois ans et au mo-ment où elle venait de contracter un brillant mariage.On l’avait exposée sur un lit de parade, suivant le ritefunèbre de son pays, et, « frappé de ce spectacle tou-chant, dit Bridel, je commençai cette élégie à mon re-tour chez moi, et je la finis le troisième jour. Elle futalors imprimée sans mon aveu et sur une copie fau-tive. » Cette pièce, en effet, circula dans la société. Onvoulut voir et entendre le poète. Le célèbre Tissot, qu’ilavait appelé Y Hippocrate fameux des rives du Lé-man, ramena Bridel dans le monde, et le rendit petit àpetit à lui-même et à la société. Dans une pièce singu-lière, intitulée le Spleen, il a décrit l’état de son âmedurant cette période maladive de sa jeunesse. C’est decette rénovation, de cette sorte de convalescence mo-rale que date la pièce intitulée le Lac Léman. On lacomparera avec plaisir au Lac de Neuchâtel de Lerber :
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