507
alors, d’une manière très-périlleuse et très-chère, à lavérité. Mais, enfin, on n’élève pas les peuples tout-à-fait aussi facilement que les individus.
C’est ce que Mallet-Dupan n’a pas toujours compris.Le ton pédagogue, régent, une gravité sententieuse,un peu genevoise, dominent dans sa polémique. Il sepose trop en oracle, et en oracle dont les événementsviennent démentir les prédictions. Nous ne le suivronsdans le reste de sa carrière que pour rappeler son Essaisur la destruction de la ligue et de la liberté helvéti-ques, qu’il fit d’abord paraître dans le Mercure britan-nique, et qui fut ensuite imprimé à part. L’indignationdéborde dans tout ce qui a trait à l’invasion de la Suisse,et c’est avec raison. Mais l’auteur ne fait pas du tout lapart des griefs que les populations helvétiques avaientcontre les aristocraties patriciennes et bourgeoises.Etait-ce un régime politique si parfait, celui où un mi-nistre de l’Evangile, le pasteur Martin de Mézières, étaitaccusé de sédition, saisi dans sa cure, traîné à Berneet jeté en prison, uniquement pour avoir dit à ses pa-roissiens vaudois, que les pommes de terre, n’étant pasdu grain, ne devaient pas la dîme, et qu’on pouvaitconsulter là-dessus un avocat? Ceci se passait en 1790,à la veille des événements racontés par Mallet. La finde ce publiciste, éminent malgré ses inconséquences,fut des plus tristes. Il venait de publier son Etat poli-tique et militaire de l’Europe en janvier 1800, danslequel il s’élève avec véhémence contre une proclama-tion de Bonaparte aux habitants de l’Ouest, procla-