538
COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
à porter des pavés de la cave au grenier et du grenier àla cave resterait misérable, parce qu’il ne serait pas payépour cela, et Sisyphe ne reçoit pas de salaire de Jupiterni de Pluton. Le travail de l’un ou de l’autre ne sauraitdonc leur êlre productif. — Vous êtes dupe de vous-même, répliquerai-je à l’argumentateur prohibitionniste.Il ne faut pas dire que des labeurs de ce genre sont im-productifs, parce qu’ils ne sont pas payés : le vrai, c’estqu’ils ne sont pas payés parce qu’ils ne produisent rien,parce qu’au bout il n’y a rien d’utile, aucun servicerendu à la société ni à personne. Nous retombons ainsisur cette proposition fondamentale que j’ai déjà rappe-lée, et qui renverse de fond en comble l’échafaudage dela doclrine prohibitionniste, à savoir que, pour l’indi-vidu comme pour la société, la cause de la richesse gîtnon dans la quantité du travail, mais dans sa fécondité,dans l’étendue des résultats obtenus, c’est-à-dire dans lenombre, le poids ou la qualité des objets qui répondentà un effort ou à des frais déterminés. La richesse, c’estl’abondance des produits obtenus ou des services effec-tués par le travail, produits et services en échange des-quels les individus, et par conséquent la société, se pro-curent ce qu’il leur faut pour leur subsistance, leurentretien et leur bien-être, en proportion d’autant plusgrande qu’ils ont eux-mêmes produit davantage. C’estpour cela, encore une fois, que le quintal de fer valantsur le marché général 20 francs, si la loi de douane per-pétue en France un système de fabrication qui ne per-mette au public de s’en procurer qu’au prix de 35, letravail qui répond aux 15 francs de supplément est untravail stérile, exactement comme le labeur de Sisyphe,ou celui de l’ouvrier qui transporterait des pavés du hauten bas et du bas en haut de la maison, et la société dont