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Tome premier.
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LETTRES

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Non loin de cette chapelle, au milieu d’une petitevallée, au bord d’une source abondante et fraîche,sur le plus vert gazon s’élève un rocher isolé, dansles lentes duquel sont enfoncés de longs clous : c’estlà qu’autrefois les députés des communes, avant de se frendre à l’assemblée, suspendaient leurs sacs de pro-visions, mangeaient, couchés sur l’herbe, leur pain etleur fromage, et s’abreuvaient de l’eau jaillissant àleur côté : plus heureux cent fois de prendre ainsisur leur terre natale un repas champêtre, dont l’éga- *lité assaisonnait les simples mets, que d’être servile-ment assis à la table délicate des fiers oppresseurs desnations.

J’abandonnai à regret ces lieux qui renfermenttant de choses intéressantes, tant de monuments del’antique liberté et de la simplicité des vieux temps, fpour me rendre à la maison que possède à Trons l’ab-baye de Disentis. L’abbé est un de ces hommes rares,vrai trésor pour tout voyageur qui veut observer. Ilm’avait invité à passer quelques jours avec lui, et jele fis d’autant plus volontiers que c’était le temps de ladiétine de Trons. Il n’est pas hors de propos de direun mot de la constitution et du but de cette assembléeannuelle.

La Ligue Grise est composée de dix-neuf commu-nautés : chacune d’elles, libre et indépendante de ses »voisines, se gouverne par ses propres lois et choisitses magistrats, qui, dans les causes criminelles, ju- !gent sans appel et font exécuter la sentence sur-le-champ : mais dans les causes civiles, quand l’objet de I