LETTRES
-D2G
la crainte des coups de bâton, qui ne manquent jamaisà la première assemblée populaire d’être le partagede tout magistrat qui s’est laissé corrompre. Dès lafin de cette seconde séance, les députés des commu-nautés les plus éloignées en reprennent déjà le chemin ;et le troisième jour chacun est de retour dans sa mai-son. C’est ainsi qu’en bien peu de temps la justice estrendue, les charges sont renouvelées, et la républiquepeut, pendant une année, s’abandonner à la conduitedes chefs qu’elle a choisis elle-même.
Après leur départ , j’allai me promener seul dansles prairies qui s’étendent au fond de la vallée : là,errant au hasard le long des bords tortueux du Rhin,le regardant couler péniblement à travers des rochers,des troncs d’arbres et des roseaux épais, je réfléchisà ce que j’avais vu, et je me dis en moi-même : Depuisplusieurs jours arrêté dans un village des Alpes pres-que ignoré, j’ai cherché avec le plus grand soin à voirtout ce qu’il renferme d’intéressant ; je n’ai rien né-gligé pour m’instruire des mœurs et des coutumes deshabitants de cette petite vallée, et cependant, que dechoses m’ont échappé ! Combien d’observations im-parfaites, de détails oubliés, de curiosités naturelles oupolitiques inconnues ! Qu’attendrons-nous après celade ces voyageurs qui, parcourant rapidement notrepays, n’en connaissant le plus souvent l’histoire, legouvernement et les révolutions que sur le rapport in-fidèle d’un guide ignorant ou d’un cabaretier trompeur,olîrent effrontément au public, sous le titre attrayantde voyage en Suisse, l'indigeste ramas de leurs préten-