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LETTRES
trie, contraste d’une manière piquante avec la stérilitéde ces âpres rochers.
Prosto est quelquefois la résidence du podestat, quecertaines communes grisonnes y envoient à tour derôle tous les deux ans : la commune qui doit pourvoirà cet office le vend publiquement à l’enchère, et leproduit se partage à portions égales entre tous ceuxqui ont donné leur voix. Le podestat n’a de revenusfixes que quelques centaines de florins payés par lebailliage, les frais des procès qu’il juge, les amendesauxquelles il condamne les infracteurs des lois, les li-bérations qu’il accorde pour toute espèce de crime,le droit de porter des armes qu’il vend indifféremmentà quiconque veut l’acheter : tels sont les principauxmoyens dont il se sert pour recouvrer ses avances. Leparti qu’un podestat tire de sa charge dépend doncabsolument de sa douceur ou de sa sévérité, de sonavarice ou de son désintéressement. Pourquoi ne puis-je pas leur rendre à tous le témoignage d’être égale-ment intègres et incorruptibles?
Comme le pouvoir de ce magistrat est illimité, queles amendes sont arbitraires, que la syndicature en-voyée à la fin des deux ans par les communes co-ré-gentes a seule le droit de redresser ses arrêts, et qu’elletient ordinairement le parti du gouverneur, quel vastechamp n’est pas ouvert à l’avidité et à la tyrannie duplus fort ! Qu’il est difficile d’avoir les mains nettes detoute injustice, surtout aujourd’hui que ces emploissont montés à un prix exorbitant ! Il est même bienétonnant que ces magistrats n’abusent pas plus souvent