132
LETTRES
générale, plus souvent encore si l’on a quelque raisonde le ménager, on élève à son honneur sur le cheminune espèce de porte en pierre, en façon d’arc de triom-phe. On en voit une à l’entrée du village de Prosto,érigée en 1744 à la mémoire du gouverneur qui sortaitde charge ; comme il avait fait brûler pendant sa ré-gence deux malheureuses femmes du lieu, pour crimede sorcellerie, je ne pus m’empêcher, dans mon indi-gnation, de jeter en passant un caillou contre cet atrocemonument, qui fait également l’opprobre et de cou*qui l’élevèrent et de celui dont il doit garder l’odieuisouvenir.
Dans un siècle où de saines études semblent devoirdissiper dans l’Europe entière les ténèbres d’une su-perstition barbare, le crédule habitanl de ces contréescontinue à croire qu’il y a de véritables sorciers, etles recherche soigneusement pour les consulter, tandisque le magistrat, non moins ignorant, les poursuit etles condamne. Je ne répéterai point ici ce que je disailleurs du prétendu magicien que je me donnai bplaisir de consulter à Samolico, et qui me refusa un;tempête que je lui demandais, sous prétexte que lspaysans se fâchaient quand il en excitait ; ni de cetteGrisonne infortunée, si cruellement persécutée danssa commune pour les mêmes absurdités ; j’ajouteraiseulement à ces traits qu’on croirait tirés des amalesdu neuvième ou dixième siècle, l’histoire singulère dunommé Rosino. C’est un vieillard plus que cenenaire,qui demande l’aumône dans les gouvernenents deChiavenna et de Pleurs : vrai squelette amlulant, il