Band 
Tome premier.
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164
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LETTRES

EXTRAITS

CE QUELQUES LETTRES ÉCRITES DU PAYS GR1S0N EN 1779,FAISANT SUITE AUX FRAGMENTS PRÉCÉDENTS.

Ne turbata volent rapidis ludibria ventis.

Rien n’est plus capable de monter l’imagination,d’émouvoir la sensibilité, de rallumer sans cesse cefeu intérieur qui rend l’âme telle que la cire propre àrecevoir l’empreinte de tout ce qui la touche, quel’aspect du pays que je parcours maintenant. Plus quepartout ailleurs, ce me semble, les montagnes y sonthautes, les vallées profondes, les bois épais, les tor-rents noirs et rapides, les vents impétueux. Ici la na-ture a tout dessiné sur un plan gigantesque; elle n’adonné que de grands coups de pinceau, et partout ellea suppléé au manque du fini des détails par la har-diesse de l’ensemble et l’extraordinaire des formes.

Nous venons d’essuyer un des plus effrayants oragesdont on puisse se former l’idée ; et certes, le théâtreétait bien fait pour cette tragédie des éléments, dontchaque scène m’a fait frémir. Nous nous trouvons surune petite plaine d’une demi-lieue de tour, dans leVal-Brégaglia, au pied d’un glacier éternel, circulaire-ment entouré de l’énorme ceinture des Alpes. Tout-à-coup le temps est devenu sombre et lourd ; un mur-mure souterrain est sorti des cavernes des rochers ; un