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Tome premier.
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SUR LES GRISONS.

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bruit sourd s’est renforcé dans les forêts sans qu’il yeût aucun vent sensible. Bientôt le tonnerre éclate, etrépété par mille échos, semble annoncer l’écroule-ment des masses qui nous enferment. Un tourbillon,après avoir roulé des sapins et d’énormes pierres lelong des côtes escarpées des monts voisins, vientébranler nos frêles habitations ; de tous côtés les trou-peaux accourent, en meuglant de détresse, chercherun abri au fond de leurs étables chancelantes, et sinous échappons aux feux croisés et roulants de millenuages électriques qui se choquent sur nos têtes, nousavons tout à craindre des eaux, qui, comme un déluge,font de la plaine où nous sommes un vaste réservoir.Il est onze heures du soir ; le temps est calme ; la tem-pête a porté autre part ses menaces et ses fureurs ; lanuit est trop épaisse pour voir de mes fenêtres la déso-lation de notre vallée ; mais le roulement monotonedes torrents débordés, le bruit mélancolique de la na-ture qui tend par degrés à passer de l’extrême agita-tion au repos, les cris des paysans qui travaillent àfaire des digues, les coups répétés de la hache qui re-bondit sur les pieux qu’elle enfonce, tout me fait crain-dre que les éléments en courroux n’aient fait payerbien cher à la petite peuplade de ce coin des Alpes laliberté et l’indépendance dont elle y jouit. J’entendscrier dans ce moment que cent brebis que leur frayeurtenait serrées autour d’un vieux sapin, ont toutespéri d’un coup de foudre. Demain, demain, je verraitout cela, et je m’attends aux émotions les plus sinis-tres. Je croyais, en quittant le grand monde, échap-