SUR LES GRISONS.
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sances indicibles et indescriptibles, pendant mon sé-jour dans cette retraite. Quelle différence! Au lieu deces prés aromatiques que je foulais d’un pas tranquille,de ces fleurs champêtres que je cueillais pour admirerleurs couleurs ou savourer leurs parfums, de ces im-menses cascades à l’humide poussière desquelles j’al-lais chercher la fraîcheur; au lieu de ces vieillards queje consultais, de ces enfants que je caressais, de cesjeunes filles auxquelles j’osais sourire sans consé-quence, grâce à leur ingénuité ; au lieu de tout cela,me voici dans une ville moitié italienne, moitié gri-sonne, à fouler des rues malpropres, à visiter desgens avec qui je n’ai rien de commun, à m’attrister devoir le manège des femmes, la jalousie des hommes,l’ennui qu’on cherche vainement à combattre ou àtromper, et où, pour achever de, me désoler, on se pré-pare d’avance au carnaval. Jamais je n’ai été moinspropre à rien de pareil que cette année ; je ne puis plustrouver de plaisir hors de moi-même ; il me sembleque je n’ai nul besoin de. distraction extérieure ; je re-doute tout ce qui peut me faire sortir du cercle de mesidées familières, et ces idées familières sur quoi rou-lent-elles? sur ces Alpes et leurs habitants que j’aiquittés avec un si profond serrement de cœur. Ah ! ilreste encore serré ce cœur indigne du séjour des villes,et ce ne sera pas le carnaval de Chiavenna qui le dila-tera. Mais au fond, toute la vie n’est-elle pas pour lestrois quarts de l’humanité un carnaval perpétuel? Nesommes-nous pas tous du plus au moins une troupe demasques? Ne jugeons-nous pas à l’ordinaire sur l’ap-