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Tome premier.
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LETTRES

n’étais pas dans la maison ; reste donc, et plus tu res-teras, plus tu feras plaisir et honneur à mes cheveuxblancs. — Là-dessus il me serra la main, et ajoutaavec émotion : N’est-il pas vrai, mon frère, que tu neveux pas encore partir? Si tu t’en vas si tôt, je croiraique tu te trouves mal avec nous. Le moyen après celade ne pas rester quelques jours sous la tente de ce pa-triarche, et à cette belle école des temps passés ! Qu’onest heureux de reculer ainsi d’un plein saut de trentesiècles vers Abram et Loth, pour s’enfuir loin de votremanière de vivre ! Vous n’ajouterez peut-être pas foià cette hospitalité, dans vos villes, où vous croyez à

tout qu’à la vertu. mais je dirai à l’incrédule :

Viens et vois.

Nous avons quitté les montagnes pour prendre nosquartiers d’hiver à Chiavenna. Oh ! que ne puis-je, auxdépens de dix ans de vie, repasser encore une fois untemps pareil à celui que je regrette, et dont je jouisnéanmoins par une foule de souvenirs ! Le spectaclede cette nature alpestre sans art, sans apprêt, sansqu’aucun travail humain en ait altéré les formes oudérangé les traits; l’éloignement du grand mondedont le bruit ne pouvait atteindre mon oreille pour lafatiguer; cette solitude où l’âme recueillie en elle-même jouit de toute l’étendue de ses forces sans lesaffaiblir par une distraction ; cette impression de mé-lancolie qu’on gagne sans presque s’en apercevoir àl’ombre des sapins, sur la cime des rochers, et au borddes torrents ; toutes ces choses m’ont procuré des jouis-