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Tome premier.
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LETTRES

que paysages sinistres, rocs culbutés du haut des mon-tagnes, maisons ruinées, arbres déracinés, prairiesensablées. Des deux côtés du torrent, on voit des ha-meaux qui ont l’air fort misérables. Les habitantsvivent du produit des troupeaux, du transport desmarchandises et surtout du charroi des vins de la Val-teline; un grand nombre vont à Naples, à Rome, àVenise, pour y être garçons cafetiers, porte-faix, enoa-veurs, valets de place, etc. Mais dès qu’ils ont gagnéquelque argent, ils reviennent dans leur sauvage pa-trie, préférant les rocs et les torrents de leur terre na-tale aux belles plaines d’Italie. Pendant la révolte dela Valteline et du comté de Chiavenna contre les Gri-sons, cette vallée demeura constamment fidèle à sesmaîtres, et ne voulut jamais unir sa bannière à celledes rebelles ; aussi après le capitulât de Milan, fait en1639, les Grisons reconnaissants voulurent lui don-ner la liberté, en faire une communauté distincte etaussi privilégiée qu’aucune autre, et l’incorporer dansl’une des Ligues, mais elle le refusa, se trouvant biende sa dépendance; seulement pour le civil, elle de-manda et obtint un landamman et des assesseurs parmises habitants et choisis par eux, formant un corps dejustice qui juge sans appel. Quant au criminel, troppauvres pour en supporter les frais, il fut abandonnéau commissaire de Chiavenna.

Je passai rapidement St.-Jaques, Ste.-Marie, Cam-podolcino, et j’arrivai pour coucher à Isola, derniervillage de la vallée, situé au pied du Splügen. En re-gardant cette immense montagne quo je devais tra-