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Tome premier.
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A LA TAVEYANNAZ.

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ble, s’empara de mon cœur : quel temple plus augustepour chanter les louanges de l’Eternel que cette con-trée isolée, où rien ne rappelle le luxe et la corruptiondes cités, où l’art n’a ni masqué ni altéré les merveillesde la création ! quelle bouche plus faite pour ces hym-nes augustes que celle de l’innocence et de la candeur !Bientôt tout le village accourut à cette place ; les hom-mes s’asseyaient à côté de leur pasteur ; les enfantsbadinaient sur la pelouse avec les pétulants chevreaux,et les jeunes garçons s’approchaient peu à peu desjolies chanteuses ; l’un y retrouvait sa sœur, l’autreson amie d’enfance. Mais l’heure de renvoyer les va-ches au pâturage arrive, la foule se disperse à l’instant,chacun va conduire son troupeau hors de l’enceintedes bâtiments, puis les jeunes filles prennent des cru-ches et vont en chantant puiser l’eau à la fontainevoisine ou cueillir la fraise et la myrtille dans lesbroussailles des environs. Tout, jusqu’aux physiono-mies, rappelle le temps, les mœurs et les vertus despatriarches.

Cette montagne appartient en commun à la paroissede Gryon. Chaque famille a son chalet, composé d’uneétable, d’une cuisine et d’une chambre à lait : là vientdemeurer, pendant deux mois de l’été, une partie dela famille ; l’autre partie reste au village pour les tra-vaux de l’agriculture. Mais ceux-là s’estiment les plusheureux qui sont choisis pour aller à Taveyannazavec le troupeau : dans ce chalet vous trouvez lamère et le fils; dans celui-là un mari et une femme,qui ont laissé leurs enfants plus robustes aux ouvrages