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Tome premier.
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VIE PASTORALE

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plus pénibles ; dans cet autre, deux sœurs, de quinzeà dix-huit ans. Pour faire observer l’ordre pendant leséjour à la montagne, toute la communauté choisit unchef qui, tel qu’un dictateur romain , a un pouvoirabsolu pour la police générale. On dirait que ce n’estqu’une seule famille ; la plus douce union règne entretous les membres, et des services mutuels, rendussans être demandés et acceptés sans crainte d’êtreingrat, ne sont pas un des moins puissants liens decette société.

A l’approche de la nuit, nous quittâmes à regretcette obscure mais tranquille peuplade, séjour de lapaix, de l’hospitalité et des antiques mœurs : alors desvœux s’élevèrent dans mon cœur pour ces bergers :je leur aurais volontiers dit : « Si vous voulez conser-» ver votre bonheur, n’envoyez jamais vos enfants» dans les villes, où le plus souvent la naïveté n’est» qu un jeu, la candeur une grimace, et les vertus» sociales le masque de l’intérêt personnel. Qu’ils res-» tent inconnus dans leurs Alpes et ils seront heu-» reux ! »

Au sommet de la colline, prêt à perdre de vue levillage et la contrée, le pasteur se retourna, et un re-gard d’amour et de paix fut une dernière bénédictionqu’il donna à la moitié de ses enfants chéris... Là il n’ya point de messieurs, me dit-il en me serrant la main.Je fis un effort pour m’arracher de ces lieux ; une tris-tesse involontaire me saisit... L’ami des champs et desmontagnes, l’homme qui regarde les villes comme uneprison, les paysans comme ses frères, et l’égalité