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LETTRE SUR UN VOYAGE
grotte. C’est là cette superbe et romantique source, sibien appréciée par M. de Saussure dans son voyagedes Alpes (t. II, p. 70, édition 8°), et dont il dit avecun sentiment vrai : « On comprend en la voyant» comment les poètes ont pu déifier les fontaines, ou» en faire le séjour de leurs divinités. La pureté de» ses eaux, les beaux ombrages qui l’entourent, les» rochers escarpés et les épaisses forêts qui en défen-» dent l’approche, le mélange de beautés tout à la fois» douces et imposantes, causent un saisissement difficile» à exprimer, et semblent annoncer lasecrète présence» d’un être supérieur à l’humanité. Ab ! si Pétrarque» avait vu cette source et qu’il y eût trouvé sa Laure,» combien ne l’aurait-il pas préférée à celle de Vau-» cluse, dont les rochers stériles n’ont ni la grandeur« ni la riche parure qui embellit la nôtre. »
Ce naturaliste distingué y voit également la renais-sance de l’Orbe et admet l'opinion générale parmi leshabitants du pays, qui, persuadés que le superflu deseaux des deux lacs supérieurs formés par cette ri-vière, ne se perd dans les entonnoirs de Bonport quepour reparaître sur l’autre côté du mont de Cire, ontconservé le nom d’Orbe à la rivière qui en sort.
A son dernier voyage, l’auteur s’enfonça encoreplus avant dans le second étage de la grotte ; il y re-marqua deux noms inconnus, fraîchement tracés encaractères grecs, et y découvrit un superbe écho...écho que ses deux filles qui l’accompagnaient réveil-lèrent en chantant le Ps. cxxxvm : c’est sans doutela première fois que les louanges du Très-Haut ont re-