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POÉSIES.
Disparaissez, Rome et Lacédémone !
N’étalez plus votre antique fierté ;
L’Egalité parmi nous a son trône,
Et l’homme ici de l’homme est respecté :
De vos exploits, de même que des nôtres,
La liberté devint le germe heureux ;
Et nos héros seraient égaux aux vôtres,
Si quelque Homère eût chanté nos aïeux.
Ici je vois ce détroit redoutable (29)
Où d’un tyran Tell a percé le liane ;
Là j’aperçois la rive mémorableQu’Arnold teignit de son généreux sang (50) ;Plus loin paraît cette place escarpéeQui vit jurer nos trois libérateurs (51),
Les yeux au ciel et la main sur l’épée.
De nous soustraire à nos vils oppresseurs.
De ce côté sont d’autres Thermopyles (52)
Où nos soldats, dans leur sang étendus,
Par leur mort même à la patrie utiles,
Sont accablés, mais ne sont pas vaincus ;
De celui-là, s’élève la collineQu’ont illustrée les Fabius bernois (55),
Lorsque sortis de la porte voisineIls vont tous vaincre et périr à la fois.
Oui, je verrai la grotte solitaire
Qu’un saint ermite habita si longtemps (54),
Et la chapelle où d’un duc téméraireLe nom fameux fixe l’œil des passants (55).
J’irai fêter ce jour patriotiqueOù tous les ans nos citoyens nombreux,
De la concorde et du sang helvétique
Vont près de l’Aar resserrer les doux nœuds (56).
En parcourant notre terre chérie,
Du bord des lacs jusqu’au sommet des monts,
Je trouverai de travail, d’industrieUn bel exemple et de grandes leçons :
Là j’apprendrai que les mœurs et l’aisanceMarchent toujours avec l’égalité,
Et que, chez nous si l'on voit l’abondance,
Nous la devons à notre liberté.