RELATIF A LA SUISSE.
2S
Nous abservâmes pour la première fois à Mûri unusage commun à presque toute l’Allemagne : toutesles nuits, crainte du feu, un domestique fait la garde ;à chaque heure, il crie en divers endroits pour prou-ver qu’il veille : « Ecoutez mes paroles : il est neufheures, éteignez la lumière et le feu, et que Dieu etla Sainte Vierge nous protègent ! » et ainsi en indi-quant chaque heure. Cette coutume vient du dangerdes incendies très-grand dans un pays où presque tousles bâtiments sont en bois de sapin et couverts depetits ais en place de tuiles. Ceci rappelle le passagesuivant de Tacite, dans son livre des Mœurs des Ger-mains : « Ils habitent des villages qui ne se composentpoint, comme les nôtres, d’édifices contigus ; chacuna sa maison séparée, soit pour prévenir les accidentsde feu, soit qu’ils ne sachent pas bâtir autrement;comme ils ne connaissent ni le mortier, ni la brique,ils emploient toujours la même espèce de matériauxdans leurs constructions, sans avoir égard ni à l’élé-gance ni à la commodité. » Je pense que ces maté-riaux sont les sapins, dont les Allemands se serventencore de nos jours à paver les routes, à couvrir lesponts et à mille autres usages, car c’est l’espèce d’ar-bres la plus commune dans leurs forêts. Ce que Taciteajoute leur convient encore parfaitement : « Il estcertains édifices qu’ils enduisent d’une couche de terresi blanche et si luisante qu’elle imite la peinture. »C’est une grande incommodité pour ceux qui voyagenten Suisse, que non-seulement chaque propriétaireenvironne son domaine d’un enclos que personne