LES ARGONAUTES ZURICOIS.
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Le 20 juin, on lève l’ancre à deux heures du matin,au bruit d’une musique guerrière : une foule de spec-tateurs couvraient le quai, bordaient le rivage ou semontraient aux croisées ; la barque avait déjà disparu,que les salutations et les vœux des parents et des amisse faisaient encore entendre. Une brillante aurorepromet un jour serein : la nef aventurière poussée parde vigoureux rameurs semble voler sur les ondes ;elle franchit sans danger les écueils redoutés et lestournants dangereux de la Limmat ; bientôt elle entredans le lit plus paisible de l’Aar, qui la porte dans leRhin, partout saluée par les cris des riverains, quine l’aperçoivent qu’un instant, tant sa marche estrapide ; et la voilà arrivée de grand matin à Lauffen-bourg : là, elle est promptement déchargée au-dessusdes rochers qui rendent ce passage si difficile, et àl’aide de câbles elle s’en tire heureusement. En unclin d’œil, les Argonautes remontent à bord , et sansperdre une minute, ils s’abandonnent au fleuve , con-duits par des pilotes de Lauffenbourg : ils passentcomme un trait sous les murs de Sæckingen ; ils mon-trent plus de prudence près de la commanderie deBicken, où le Rhin mugissant forme des tournantsauxquels nos ancêtres ont donné le nom caractéristi-que de grapins de l’enfer (Hôllenhaken) ; mais ilssemblent jouer avec le péril. Devant Rheinfelden, l’undes navigateurs quitte sa rame, saisit une bouteillesuspendue comme par défi à un arbre penché sur lefleuve, et la vide d’un trait. Après avoir fait, en huitheures , les dix-huit lieues les plus dangereuses de ce